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Se faire Musset

2010 est l’année des romantiques ! Eh oui, les JO de Vancouver, la Coupe du Monde en Afrique du Sud, les Régionales ! Autant de raisons d’exprimer son « Moi » au travers d’événements riches en émotions extrêmes ! Aller jusqu’au bout de soi-même dans un effort transcendental, tester les limites de la nature et de notre pouvoir face à Dieu !

Et puis pour qui ne l’aurait pas encore lu ou entendu, il y a Chopin, dont le monde entier (occidental) célèbre le bicentenaire de sa naissance (un article lui sera d’ailleurs sûrement dédié sur le blog, on lui doit bien ça). Et puis encore plus loin, Alfred de Musset (1810 – 1857), aujourd’hui comme à sa mort, quelque peu oublié, son nom faisant pourtant partie de toutes les bibliothèques, évoquant des vers un peu mièvres, un peu faciles, souvent beaux parfois. Certes, ce dandy romantique adulé des femmes ne nait qu’à la fin de l’année (en décembre) mais on lui rend ici hommage dès maintenant, tellement sa poésie semble par moment assimilée à la période du printemps, célébration de l’amour, des jeunes filles en fleurs et des jeunes femmes, des élans passionnels… L’hiver rude précédant la météo de ces derniers jours nous y autorise.

Musset fût l’un des plus grands de son vivant, plus aimé du grand public encore que Hugo, dont les fougues mythologiques et les grandeurs des sentiments plaisaient surtout aux gardiens de la langue et des codes. En tout cas dans les premières années, car la solitude qui l’a tout le temps accompagné et qui a fait la force de sa poésie, a eu raison d’un tempérament indolent et veule, oisif à l’occasion. Passé les 30 ans, ses vers iconoclastes et provocateurs par leur simplicité voire leur vulgarité (de l’époque) déplaisaient déjà à la nouvelle génération de littéraires, qui considéraient l’art de l’écriture comme le fruit d’un travail minutieux. Baudelaire, Flaubert, puis plus tard Rimbaud lui en ont toujours voulu d’avoir désacralisé la fonction du poète.

Ce surdoué efféminé avait pourtant lui aussi à ses débuts initié un genre nouveau, et raillé ses aînés et leurs conventions, sur le mode de l’imitation, au ton sarcastique, mais sans jamais sacrifié le lyrisme de la poésie romantique.

Musset désinvolte, poète du « Je » romantique ramené au « je » de l’espace privé, à la petitesse du quotidien, a conquis son succès grâce à ses vers féminins ultra sensibles. C’est ce qui fait qu’il est encore aujourd’hui accessible à tous, et c’est effectivement cela qu’on pourrait lui reprocher. Mais n’est ce pas ça l’art ? Faire du grand à l’échelle du petit ? Toucher le maximum d’âmes en ayant tenté de les élever ?

Art ou pas, certains de ses vers continuent 2 siècles plus tard d’illustrer avec beauté et sans une ride nos sentiments les plus universels :

A Mademoiselle…

Oui, femmes, quoi qu’on puisse dire,
Vous avez le fatal pouvoir
De nous jeter par un sourire
Dans l’ivresse ou le désespoir.

Oui, deux mots, le silence même,
Un regard distrait ou moqueur,
Musset
Peuvent donner à qui vous aime
Un coup de poignard dans le cœur.

Oui, votre orgueil doit être immense,
Car, grâce à notre lâcheté,
Rien n’égale votre puissance,
Sinon votre fragilité.

Mais toute puissance sur terre
Meurt quand l’abus en est trop grand,
Et qui sait souffrir et se taire
S’éloigne de vous en pleurant.

Quel que soit le mal qu’il endure,
Son triste sort est le plus beau.
J’aime encor mieux notre torture
Que votre métier de bourreau.

Mars 1839

En attendant l’article sur l’autre surdoué de son époque, et pour parfaire l’ambiance (post)romantique de ce milieu XIXème, une nocturne de Chopin peut donc être écoutée à la lecture des vers de Musset (de la Nuit de Mai par exemple pour boucler la boucle).

Aujourd’hui poésie

Et oui, un petit décalage de quelques jours pour « Vendredi poésie» , histoire de le faire coïncider avec ce jour de lovers. Oulala, on n’est même plus dans le « rien d’original»  mais bien au-delà ! ou bien en-deçà… à vous de juger.

Saint Valentin

On avait dit on l’fait pas

Pas pour nous

Nous on s’en fout

Rien ne se passa

On rigolait de tout

« Arrête, pas ça ! »

°°°

On s’l’était dit, rien n’y fait

Trop beau, trop pur

Trop peur, trop dur

D’un coup on doutait

Personne l’avouait

Qui l’envie en avait ?

°°°

On n’avait rien dit, rien fait

Mais j’voulais, tu disais

Tu m‘en aurais voulu

Et moi ça m’aurait plu

Tant pis pour les on dit

Il le fallait, il aurait fallu

°°°

On faisait ce qu’on ne disait

Mon envie me serrait

Impossible de passer

Au-delà, ça comprimait

Seul seuls on se sentait

Difficile de penser

°°°

On s’l’était pas dit, on l’a fait

Fut-ce dans un moment

Perdu, pendant, quand

Juste toi et moi un instant

Just another way

Pour nous le Valentine’s Day

°°°

de Timeno (dans la série « Ballades/Impressions» )

Un succulent Werther

04/02/2010 Timeno un commentaire

Une douceur mielleuse, une pâte que se mâche lentement, une crème onctueuse, une caresse apaisante… Rien de moins pour décrire cette sensation sonore et visuelle ressentie à Bastille lors de l’opéra de Massenet.

Ce n’est normalement pas l’usage de parler des interprètes en première partie d’article, mais bon, on est sur un blog pour s’octroyer quelques libertés et parler de ce qui nous touche réellement, sans censeur ! Les chanteurs donc, époustouflants, surtout le ténor allemand Jonas Kaufmann dans le rôle titre ; son statut de star du moment s’est vu confirmé. Rarement on a vu spectacle aussi complet, avec des gens beaux, parfaits dans leur rôle et qui chantaient admirablement bien. Les superlatifs qui pourraient encenser leur prestation ne reflèteraient pas totalement le rendu émotionnel, le mieux étant de regarder les vidéos associées plus bas – l’événement avait été retransmis en direct sur Arte la semaine dernière.

L’opéra composé donc par le français Jules Massenet (1842 – 1912) en 1892 reste fidèle à l’œuvre romantique au même titre de Goethe, dont est tiré le livret : du lyrisme exacerbé, l’exaltation du moi au travers d’une nature en miroir de Dieu, des élans passionnels conduisant au drame… Tout y est, et ce n’est pas pour déplaire, d’autant plus que l’histoire – pour une fois – n’est pas difficile à suivre : un bel homme, Werther donc, fin et instruit est amoureux d’une femme qui doit se marier avec un autre… Un bon gros Walt Disney avant l’heure quoi, sans le happy end. Massenet appuie les sentiments des amoureux par une musique délicate et magnifique, si douce et émouvante par moment, qu’on a l’impression de se faire masser l’âme.

Un instant de détente mélancolique en somme, que la mise en scène met bien en valeur. Simple, efficace, presque classique et austère sur certains tableaux, elle laisse toute la place à l’expression des émotions. En même temps, cette production du Royal Opera House (Covent Garden) mise à l’affiche par le nouveau directeur de l’opéra de Paris n’a rien laissé au hasard : Benoît Jacquot le cinéaste à la mise en scène, le monument Michel Plasson à la direction musicale et une distribution de rêve. La recette parfaite pour éclipser et faire oublier le fade Werther de la saison dernière.

Kaufmann - Werther

En attendant le DVD, quelques extraits si vous avez besoin d’une petite pause onirique au milieu de votre journée tumultueuse. Sinon, pour les acharnés, il y a toujours la possibilité de tenter d’obtenir une place pour la dernière de ce soir… Un conseil, allez faire la queue vers 17h30.

Pourquoi me réveiller ? [version longue]

Tu ne veux toujours pas sortir avec moi ?

Que tu es belle, Nature !

Poésie, vendredi ?

Bon, nous voilà encore sur le fil du rasoir… Ce vendredi s’achève donc avec un autre de mes poèmes, dans la lignée des 2 précédents, mais de circonstance, ou presque.

La Galette des Rois

Oh Galette des Rois
Brille brille de tous tes éclats !
Soleil d’été en hiver
Pièce chaude dans l’atmosphère

Puise tu nous gavé un par un
De ta douce et molle chair
Qu’il ne nous en reste aucun
Bourre, étouffe cet appétit d’enfer !

Rompez, croustillantes, luisantes
Croûtes, en somme, appétissantes
Toutes
Les courtes secondes indolentes
M’emplissent
A la danse bien ronde
Complice ma nouvelle ève
A qui replante la fève
Est-ce un Gaspard, un Melchior
ou un petit Balthazar ?

Sache pour le savoir
Le faire reluire
Or et beauté
Placé à côté
Sans son, sans bruire
Le désir d’y croire

Ephémères reines
Pauvre
Triomphe encore peine
Ah mais c’est ça la part et puis s’en va
Ah
à
A « Aller, muse moi et tire
toi fête des Rois »

L’amour d’une volupté opaque
Brise et bise souveraine
Encercle l’instant cher pas que
Convivial, gai, plus pérenne

Irrésistible vers
Une galette, des Rois, rien, que pour moi.

Nuit poésie

Aïe aïe aïe ! les douze coups de minuit ont déjà sonné, nous sommes samedi… vendredi poésie est finie… enfin, à nous de voir. Et si nous profitions de cette ambiance onirique pour faire de cette nuit notre instant poétique ? Il ne sera pas dédié cette fois-ci à quelques unes de mes strophes, mais consacré à un vrai (enfin !) poète contemporain, également et initialement auteur dramaturge : Fabrice Melquiot.

Alors je sais, aujourd’hui poésie rime souvent avec chianli, léthargie, « pff, tu m’ennuies ! »… Sa simple évocation nous rappelle ces âmes passionnées et clichées cent fois croisées, empruntes d’un lyrisme romantique désuet et exagéré. N’oublions pas que la force de la poésie réside dans sa capacité à dire l’indicible, à imager et rythmer si bien la sensation, qu’on en oublie presque les mots. Précision et concision dans une chanson intime, qui décrit le plus souvent la vision d’un monde, d’une vérité.

Fabrice Melquiot

Le cas de Fabrice Melquiot semble confirmer le formidable ressort d’Actualité que recèle un poème, dans notre société qui demande constamment de l’instantanéité et de l’intensité émotionnelle. Son œuvre se met en scène la plupart du temps, ses vers servent à concevoir aussi bien des pièces de théâtre que des recueils poétiques, et puis, un poème se dit à voix haute, et s’il est accompagné de corps en mouvement, on approche l’art total. Dépassés les Boileau et Baudelaire, les Hugo et Rimbaud, la poésie est en vie ! Et relègue son avatar le Slam au rang de verbiage ! (ok, j’exagère un peu là… mais bon un peu d’emphase, de lyrisme !…)

Lire la suite…

Vendredi… c’est poésie ?

Mais d’abord, une bonne et joyeuse année 2010 !

Pour commencer cette nouvelle décennie, un petit « poème»  (de ma composition)

La Venue

Une Ode toute prête,

Un pamphlet, un baiser,

Une sérénade, un péché,

Une ballade enflammée.

Les rires violets et forts

Irritent la pensée

Encore et encore

Dansons à l’éclatée

Ta face m’apparait vert

Mes mains blanches en saccadé

Ce son droit et glacé s’accélère

J’admire ton souffle écumé

Je continue à pourfendre l’air

Et toi de t’agiter.

Dors. Dors. Dors. Active le sort.

Est il encore temps de déclarer ?

Nos bouches insonores n’ont plus besoin de communiquer.

Tant mieux, c’est l’aurore,

Et l’heure d’aller se coucher.

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Soudain, l’été dernier…

Alors que Sébastian savourait son séjour à Cabeza de Lobo en compagnie de sa cousine Catherine, celui-ci est victime d’une atrocité inexplicable, le conduisant irrémédiablement à la mort. Et le seul témoin de ce drame, la cousine de ce poète dandy, Catherine, est déclarée folle après ce tragique incident…

Un pitch à suspense pour une pièce à suspense, toute en tension.

Tennessee Williams - Soudain, l'été dernier 1

La facilité serait d’aller à la cinémathèque et de louer (ou télécharger) le film au titre similaire inspiré de la pièce, sorti en 1959 avec Katharine Hepburn et Elizabeth Taylor (ce que je recommande d’ailleurs, mais dans un second temps). On y retrouverait les mêmes thèmes forts évoqués par Tennessee Williams : lobotomie, inceste, adolescentophilie, injustice sociale, décadence, folie… et la même puissance dramatique.

Mais allons au théâtre ! Confrontons-nous à l’humain ! Rien de tel qu’un spectacle en live. Et l’expérience est d’autant plus riche que la sortie s’effectue dans un cadre atypique. Je demande aux habitués ou blasés du théâtre de faire preuve de tolérance pour les quelques lignes qui suivent, mais je me dois de décrire cet ensemble particulier de théâtres, planté au milieu du Bois de Vincennes. La Cartoucherie est un ancien lieu de fabrication d’armes et de poudre, reconverti par Ariane Mnouchkine dans les années  70 en lieu de création théâtrale. Le drame de Tennessee Williams se déroule lui au théâtre de la Tempête. Parfait, me dis-je, pour illustrer le temps qui m’accompagnait le jour de la représentation : pluie et vent. Un chaleureux coin buvette/cafette permet heureusement d’attendre au chaud. Ambiance décontractée et bobo dans un lieu impromptu.

Le parti pris du metteur en scène René Loyon est relativement sobre. Un peu de mobilier bourgeois pour signifier l’intérieur cossu de la demeure de la mère, une toile aux couleurs changeantes illustrant ce jardin tropical dense. Une tension croissante appuyée par une « musique » aux bruits sourds et bizarres renforce notre sentiment de malaise.

Nous sommes au milieu des années 30, dans une Louisiane étouffante, et la mère du poète, quelques mois après sa mort, fait venir un médecin psychiatre pour examiner Catherine, sortie exceptionnellement de la « maison de repos » dans laquelle on l’a enfermée après le drame. Cette riche mère omnipotente nourrit l’idée de faire taire définitivement la cousine, au récit encombrant et insupportable…

Tennessee Williams - Soudain, l'été dernier 2 Tennessee Williams - Soudain, l'été dernier 3

L’auteur a mis de lui-même dans ce drame, des bouts de sa vie personnelle qu’il semblait digérer difficilement ; le propos persuasif de cette pièce tient dans le fait que les sujets théoriquement lourds évoqués dans l’œuvre, s’entremêlent intelligemment, brouillent les pistes, et nous présentent des valeurs inversés, un contre ordre dérangeant. De ce refus catégorique de voir, de considérer la vérité, émerge toute la puissance de questions normalement triviales : ne serait ce pas les fous qui ont raison ? Et si l’ordre des choses n’était pas le bon ? Quelle est la nature de nos pulsions, de nos folies ?

Pour servir ce texte, des comédiens convaincants, bien dans leur rôle. On aurait peut être préféré une Catherine encore plus nuancée, plus contrastée, plus border line… toute la difficulté de la folie…

Tennessee Williams est à l’honneur cette année dans plusieurs théâtres parisiens, notamment avec « La Ménagerie de Verre » au Théâtre d’Aubervilliers (qui vient de se terminer), et une création à l’Odéon à partir de « Un tramway nommé désir ». Peut être un signe que les marginaux, les excès de la société, les désemparés, tous ces thèmes chers au poète et dramaturge américain, connaissent un regain d’intérêt.

Pour info et aller plus loin :

« Soudain, l’été dernier»  au théâtre de la Tempête, jusqu’au 13 décembre

« Suddenly, Last Summer»  le trailer du film

La poésie du vendredi oubliée…

05/12/2009 Timeno 2 commentaires

Alors du coup, on la publie ce samedi.

Et puis c’est l’occasion de tester quelques vers de ma composition. Opération quelque peu narcissique certes, mais nécessaire pour se faire une idée !

L’amour, oh si !

Oscille comme une starlette

L’amour aussi

Au cidre, rend pompette

L’amour d’ici,

Docile et bien secrète

Fait mine et me tempête

L’amour, aux cils,

Sot, je fais courbette,

Me retranche en paroles muettes

L’amour si, si !

Faucille et autre bête.

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