Vendredi 22 janvier
Point précoce sur ma seule et unique résolution 2010 : « Faire le deuil du temps qui passe ».
Echec
Ha… déjà… * Note pour plus tard : tenir plus longtemps l’année prochaine.
Pas question de culpabiliser pour autant. Les résolutions sont faites pour êtres oubliées. Toutes les résolutions. Les plus stupides vivent simplement moins longtemps que les autres. C’est pas de moi, c’est de Darwin… Et après tout, si échec il y a, il est collectif, car qui pourrait sincèrement se résoudre à laisser le temps filer sans réagir? Soyons réalistes, on fait tout pour enrayer la course du temps, depuis toujours.
Prenez la photographie
Photographie : nom féminin singulier – Technique qui permet de fixer les images de ce qui nous entoure, grâce à un support rendu sensible à la lumière.
Qu’est-ce que la photographie si ce n’est le moyen de conserver une représentation graphique d’un morceau de vie à un instant précis, ailleurs que dans notre mémoire (qui on le sait n’est pas très fiable)? Alors enterrons définitivement cette mauvaise résolution et intéressons nous un instant à cette curiosité qui nous promet délicieusement de figer le temps : la photographie.
Extrait du projet Drift de Mustard Cuffins - A découvrir dans la suite
On considère souvent qu’il y a autant de lectures possibles pour une oeuvre d’art que de personnes qui la regarde. Alors quand un auteur et producteur de shows télévisés américains de LA se penche sur les grands chefs d’oeuvre de la peinture, on s’attend au pire! (ça c’est pour entretenir le cliché du frenchy anti-américain de base).
Sur son blog “That is Priceless” lancé en octobre 2009, Steven Melcher pioche chaque jour une oeuvre dans notre patrimoine culturel et utilise son sens de la formule et de l’écriture comique pour la rebaptiser, de préférence en faisant référence aux codes de la vie d’aujourd’hui et à l’actualité.
La toile ci-dessous du peintre britannique John William Waterhouse, baptisée “Hylias et les Nymphes”, basée sur la légende mythologique de la Toison d’Or et racontant la rencontre entre un argonaute et des créatures mythiques, sera ainsi rebaptisée : “La façon dont les choses se sont passées d’après Roman Polanski”.
Steven Melcher cherche avant tout des oeuvres qui racontent une vraie histoire (on imagine que ça fonctionne assez mal avec un paysage impressionniste…). De son propre aveu, il aime plus que tout la peinture flamande car “Il se passe toujours plein de choses idiotes dans leurs peintures”. Le pauvre Van Eyck doit se retourner dans sa tombe…
Pas sûr que la culture en ressorte grandie mais il faut admettre que parcourir son blog est plutôt amusant! Alors en attendant de retourner arpenter les allées du Louvre pour se taper des barres, vous trouverez ci-après, une sélection de nos détournements préférés.
L’équipe de France fera t-elle mieux aux JO de Vancouver que les 9 médailles de 2006? Qui d’Herman Van Rompuy, de José Manuel Barroso ou de José Luis Zapatero prendra le lead à la tête de la diplomatie européenne? La guerre contre le terrorisme se déplacera t-elle au Yemen ou en Iran? L’UMP reprendra t-elle le terrain cédé au PS lors des régionales? L’équipe de France de football va t-elle redorer son blason en Afrique du Sud ou subir les sifflets des spectateurs?
On laisse aux experts des arts divinatoires le soin de faire des pronostics. Vous seriez par ailleurs surpris de l’arsenal de techniques que les marabouts, voyants, chamanes et autres diseuses de Bonaventure ont développé pour prédire l’avenir. On connaissait la divination par les cartes, les lignes de la main, le marc de café ou les entrailles de poulets, mais Wikipédia nous apprend qu’il existe une infinité de techniques aux noms savants (ou barbares, à vous de voir), toutes plus singulières les unes que les autres.
En voici quelques unes, pour le plaisir.
l’alectryonomancie : divination par les lettres désignées par une poule (qui sait lire et jouer au scrabble, de préférence)
la chasmimancie : divination par les bâillements (à pratiquer de préférence tard le soir après une charrette au boulot)
l’achilléomancie : divination par les branches d’achillée (???!!!)
la géomancie : divination par des jets de pierres (évitez de rester dans la pièce pendant que le voyant procède à la divination)
la menomancie : divination par les menstrues (là il faut vraiment avoir envie de connaître l’avenir…)
la myocastoroscapulomancie : divination par l’examen d’omoplates de ragondins (ok celle-ci je l’ai inventée…)
A croire que l’on peut prédire l’avenir dans à peu prêt tout ce qui nous tombe sous la main! Je ne sais pas s’il faut s’en réjouir. Réfléchissez plutôt à 2 fois avant de lâcher votre prime de noël à un marabout pour savoir si votre petite amie restée aux Philippines avec votre prof de plongée lors de votre voyage de noces rentrera à la maison.
Heureusement à Oslow en Norvège, il y a un gars très fort qui, sans artifices, peut vous dire exactement à quoi ressemblera l’année 2010… du moins vue de son balcon.
Eirik Solheim est photographe et tout au long de l’année qui vient de s’écouler, il s’est attaché chaque jour à filmer 30 secondes de son jardin grâce à une caméra fixée toujours au même endroit.
Le résultat en “time lapse” (accéléré) est émouvant. 90 secondes d’une poésie originelle et féerique mettant en scène le ballet immuable des saisons, bercé par le bruit du vent qui souffle dans les arbres, des feuilles qui tombent, des flocons qui dansent, des oiseaux qui chantent et des enfants qui rient. Il y a quelque chose de rassurant dans l’idée que quoi qu’il arrive, rien ne viendra perturber la quiétude de ce petit coin de paradis scandinave.
Alors oublions pendant 90 secondes les préoccupations stressantes qui accompagnent ce début d’année. Dans le jardin d’Eirik, l’année 2010 ressemblera à 2009, qui ressembla à 2008, qui elle même ressembla à 2007…
L’artiste détaille la mise en œuvre de son projet et publie d’autres séquences sur son site : eirikso.com
A quoi pense t-on un vendredi soir, quand on aurait dû quitter le bureau depuis longtemps et qu’on arrive pas à décrocher de son ordi?
On pense que la balade qu’on aurait aimé faire le long d’une rivière en sortant du boulot s’est transformée une fois de plus en promenade sur le net, faute de rivière. On pense qu’on est sérieusement accro, shooté à la techno et au web. Les @ ont remplacé les arbres, les lignes de codes les lignes de pêche, les moteurs de recherche les moteurs des tracteurs, les fenêtres des navigateurs les fenêtres des chaumières, les raccourcis clavier les raccourcis à travers champs… On navigue dans le vide, on passe d’un site à l’autre comme on saute d’une pierre à une autre pour traverser une rivière, mais sans risquer de se mouiller. De l’autre côté il n’y a rien, on se rend à une adresse à laquelle personne d’autre que des mots et des images n’habite. Aucune boite au lettre ne déborde et personne n’est là pour décacheter d’enveloppe, le progrès c’est forcément virtuel. Les liens hypertextes ont remplacé les liens du coeur, les émoticones les vrais clins d’oeil et les preuves d’affection. C’est absurde. Et pourtant en se baladant sur le net, comme dans la vraie vie, on n’est pas à l’abri de faire une belle rencontre.
Ce soir là, au détour d’un chemin du côté de chez Flickr, une communauté de mordus de prise de vue, j’ai rencontré Hana, au milieu d’une foule de gens, d’objets, de paysages et d’images. Hana Davies est française et photographe, ou l’inverse, et son truc à elle c’est les mosaïques de polaroids, à l’ancienne. Elle découpe, divise, segmente, violente ses sujets, nous forçant à utiliser notre imagination pour remplir les blancs. Ce soir là j’ai rencontré Hana, et pour une fois la rivière n’était plus si loin.
Allez-y, dites-le! “Mais c’est qui Arnaud Jourdain?”
Mettre sur le devant de la scène de parfaits inconnus qui nous régalent de leur ingéniosité et de leur créativité, c’est là toute la beauté d’Internet.
Arnaud Jourdain est en quelque sorte le conservateur d’un musée qui n’existe pas, enfin pas au sens où on l’entend nous. Le musée d’Arnaud, c’est un musée éphémère, un musée à ciel ouvert, situé au 5bis rue de Verneuil à Saint Germain des prés. Un bout de rue de Paname, un morceau de trottoir et un pan de mur devenus aussi mythiques que le personnage qui vivait là.
Serge Gainsbourg, compositeur génial à la poésie lascive et à l’attitude subversive, est parti le 2 avril 1991. Il laisse derrière lui plusieurs générations d’admirateurs inconsolables, qui n’ont eu de cesse depuis, de lui rendre hommage en tapissant le mur de sa maison de graffitis poignants. Le mur du 5bis, c’est un un morceau de notre mémoire collective, une mémoire bien vivante, en perpétuel mouvement. Car c’est le propre du graff de se renouveler sans arrêt, là on ne vous apprend rien. Un graffiti en recouvre un autre, puis il disparaît à son tour sous un pochoir, lui même bientôt masqué par un coup de bombe passionné, jusqu’au jour où les gars de la municipalité redonnent un coup de blanc, comme pour le tournage de “Gainsbourg, vie héroïque” le biopic à sortir de Joann Sfar. Puis quelqu’un passe par là et l’histoire recommence, on couvre et on recouvre, inlassablement. Et ça continuera tant qu’il y aura des notes de musique pour animer les bombes et les pinceaux.
Malheureusement, le cercle vertueux de la créativité nous pose un sérieux problème : il nous rend amnésique. Quand notre mémoire est basée sur une forme d’expression artistique éphémère comme le graff, elle a vite fait de sombrer dans l’oubli. Et c’est là que notre inconnu entre en scène! Arnaud Jourdain, graphiste de son état, s’est appliqué ces 5 dernières années à photographier méthodiquement le mur de la rue de Verneuil. Des heures à prendre en photo 30 générations de recouvrement de graffs, avec à l’arrivée, une animation graphique vidéo étonnante qui fait revivre ce lieu chargé d’histoire sur un remix électro d’Hôtel Particulier. Un bel hommage à l’homme à la tête de choux.
Le travail d’Arnaud Jourdain est toujours “in progress”. Comptez sur nous pour vous faire découvrir la version définitive de cette vidéo.
Découvrez le travail d’Arnaud Jourdain sur zebulle.fr
Les artistes chinois contemporains ont la cote, et ils ne manquent ni d’audace, ni d’imagination, à l’instar de Liu Bolin, ce nouveau venu sur la scène de la performance. Originaire de la région de Shandong en Chine, Bolin est passé maître dans l’art de se camoufler. Au travers de sa série Camouflage, il s’intéresse à la place du corps dans notre environnement social immédiat, s’appliquant à se fondre physiquement dans un paysage socio-culturel donné jusqu’à disparaître.
Doit on voir dans cette explosion de l’expression artistique chinoise sur la scène internationale une nouvelle forme de contre-pouvoir à la Chine moderne? Le travail de Liu Bolin est en lui même un acte de protestation contre le gouvernement qui l’a obligé à fermer son atelier en 2005. Une chose est sûr, les milices du Parti auront beaucoup plus de mal à l’attraper cette fois-ci!
Aujourd’hui, Nothing Is Original rend hommage aux photographes aquatiques qui se risquent tous les jours au coeur de la vague pour nous faire rêver avec des clichés de surf impressionnants pris au plus près de l’action. Mention toute spéciale pour Clark Little, photographe basé à Hawaï, qui élève cette discipline au rang d’Art, en signant the Art of Shorebreak, un livre rassemblant des photos tout simplement sublimes de tubes. Ca donne envie de se mettre à l’eau!
Alors qu’en France le sujet de la vidéosurveillance fait polémique, le goût immodéré de nos voisins anglo-saxons pour les fameuses Close-Circuit Televisions ne se dément pas.
“Devenez potentiellement un héro et sauvez des vies”, c’est la promesse que peuvent découvrir les internautes sur le site internet de la société Internet eyes, dont le lancement devrait avoir lieu au mois de novembre 2009. Le site proposera aux internautes de surveiller en direct sur leur ordinateur les images prises par les caméras de surveillance, en quête d’éventuels vols, dégradations ou agressions. Dans cette chasse aux délits grandeur nature conçue comme un jeu en ligne, les volontaires gagneront des points et toucheront de l’argent pour chaque infraction signalée. Ca vous branche? La course à la délation est ouverte à tous les citoyens européens, français compris!
Alors que penser d’une telle initiative? Instrument génial de prévention ou dérive dangereuse qui encourage à espionner en transformant la lutte contre la criminalité en jeu? Nul doute que les défenseurs des libertés individuelles ont du soucis à se faire.
En Avril 2008, le graffeur Banksy avait eu l’audace de poser un grafitti “One nation under CCTV” dans une zone sécurisée en plein centre de Londres, sous l’oeil d’une caméra de surveillance (1 caméra sur 1000 seulement est regardée). S’il avait tenté l’aventure 2 ans plus tard, il aurait sans doute terminé en garde à vue. Le site internet promet que les panneaux “Internet Eyes vous regarde” affichés en magasin auront un effet dissuasif sur les voleurs. Le monde terrifiant de George Orwell ne tiendra bientôt plus de la dystopie. Son roman 1984 se déroulait justement… En Grande-Bretagne!
Alors, surveillez vos arrières, Queen Mother is watching you!