Vendredi 22 janvier
Point précoce sur ma seule et unique résolution 2010 : « Faire le deuil du temps qui passe ».
Echec
Ha… déjà… * Note pour plus tard : tenir plus longtemps l’année prochaine.
Pas question de culpabiliser pour autant. Les résolutions sont faites pour êtres oubliées. Toutes les résolutions. Les plus stupides vivent simplement moins longtemps que les autres. C’est pas de moi, c’est de Darwin… Et après tout, si échec il y a, il est collectif, car qui pourrait sincèrement se résoudre à laisser le temps filer sans réagir? Soyons réalistes, on fait tout pour enrayer la course du temps, depuis toujours.
Prenez la photographie
Photographie : nom féminin singulier – Technique qui permet de fixer les images de ce qui nous entoure, grâce à un support rendu sensible à la lumière.
Qu’est-ce que la photographie si ce n’est le moyen de conserver une représentation graphique d’un morceau de vie à un instant précis, ailleurs que dans notre mémoire (qui on le sait n’est pas très fiable)? Alors enterrons définitivement cette mauvaise résolution et intéressons nous un instant à cette curiosité qui nous promet délicieusement de figer le temps : la photographie.
Extrait du projet Drift de Mustard Cuffins - A découvrir dans la suite
L’équipe de France fera t-elle mieux aux JO de Vancouver que les 9 médailles de 2006? Qui d’Herman Van Rompuy, de José Manuel Barroso ou de José Luis Zapatero prendra le lead à la tête de la diplomatie européenne? La guerre contre le terrorisme se déplacera t-elle au Yemen ou en Iran? L’UMP reprendra t-elle le terrain cédé au PS lors des régionales? L’équipe de France de football va t-elle redorer son blason en Afrique du Sud ou subir les sifflets des spectateurs?
On laisse aux experts des arts divinatoires le soin de faire des pronostics. Vous seriez par ailleurs surpris de l’arsenal de techniques que les marabouts, voyants, chamanes et autres diseuses de Bonaventure ont développé pour prédire l’avenir. On connaissait la divination par les cartes, les lignes de la main, le marc de café ou les entrailles de poulets, mais Wikipédia nous apprend qu’il existe une infinité de techniques aux noms savants (ou barbares, à vous de voir), toutes plus singulières les unes que les autres.
En voici quelques unes, pour le plaisir.
l’alectryonomancie : divination par les lettres désignées par une poule (qui sait lire et jouer au scrabble, de préférence)
la chasmimancie : divination par les bâillements (à pratiquer de préférence tard le soir après une charrette au boulot)
l’achilléomancie : divination par les branches d’achillée (???!!!)
la géomancie : divination par des jets de pierres (évitez de rester dans la pièce pendant que le voyant procède à la divination)
la menomancie : divination par les menstrues (là il faut vraiment avoir envie de connaître l’avenir…)
la myocastoroscapulomancie : divination par l’examen d’omoplates de ragondins (ok celle-ci je l’ai inventée…)
A croire que l’on peut prédire l’avenir dans à peu prêt tout ce qui nous tombe sous la main! Je ne sais pas s’il faut s’en réjouir. Réfléchissez plutôt à 2 fois avant de lâcher votre prime de noël à un marabout pour savoir si votre petite amie restée aux Philippines avec votre prof de plongée lors de votre voyage de noces rentrera à la maison.
Heureusement à Oslow en Norvège, il y a un gars très fort qui, sans artifices, peut vous dire exactement à quoi ressemblera l’année 2010… du moins vue de son balcon.
Eirik Solheim est photographe et tout au long de l’année qui vient de s’écouler, il s’est attaché chaque jour à filmer 30 secondes de son jardin grâce à une caméra fixée toujours au même endroit.
Le résultat en “time lapse” (accéléré) est émouvant. 90 secondes d’une poésie originelle et féerique mettant en scène le ballet immuable des saisons, bercé par le bruit du vent qui souffle dans les arbres, des feuilles qui tombent, des flocons qui dansent, des oiseaux qui chantent et des enfants qui rient. Il y a quelque chose de rassurant dans l’idée que quoi qu’il arrive, rien ne viendra perturber la quiétude de ce petit coin de paradis scandinave.
Alors oublions pendant 90 secondes les préoccupations stressantes qui accompagnent ce début d’année. Dans le jardin d’Eirik, l’année 2010 ressemblera à 2009, qui ressembla à 2008, qui elle même ressembla à 2007…
L’artiste détaille la mise en œuvre de son projet et publie d’autres séquences sur son site : eirikso.com
A quoi pense t-on un vendredi soir, quand on aurait dû quitter le bureau depuis longtemps et qu’on arrive pas à décrocher de son ordi?
On pense que la balade qu’on aurait aimé faire le long d’une rivière en sortant du boulot s’est transformée une fois de plus en promenade sur le net, faute de rivière. On pense qu’on est sérieusement accro, shooté à la techno et au web. Les @ ont remplacé les arbres, les lignes de codes les lignes de pêche, les moteurs de recherche les moteurs des tracteurs, les fenêtres des navigateurs les fenêtres des chaumières, les raccourcis clavier les raccourcis à travers champs… On navigue dans le vide, on passe d’un site à l’autre comme on saute d’une pierre à une autre pour traverser une rivière, mais sans risquer de se mouiller. De l’autre côté il n’y a rien, on se rend à une adresse à laquelle personne d’autre que des mots et des images n’habite. Aucune boite au lettre ne déborde et personne n’est là pour décacheter d’enveloppe, le progrès c’est forcément virtuel. Les liens hypertextes ont remplacé les liens du coeur, les émoticones les vrais clins d’oeil et les preuves d’affection. C’est absurde. Et pourtant en se baladant sur le net, comme dans la vraie vie, on n’est pas à l’abri de faire une belle rencontre.
Ce soir là, au détour d’un chemin du côté de chez Flickr, une communauté de mordus de prise de vue, j’ai rencontré Hana, au milieu d’une foule de gens, d’objets, de paysages et d’images. Hana Davies est française et photographe, ou l’inverse, et son truc à elle c’est les mosaïques de polaroids, à l’ancienne. Elle découpe, divise, segmente, violente ses sujets, nous forçant à utiliser notre imagination pour remplir les blancs. Ce soir là j’ai rencontré Hana, et pour une fois la rivière n’était plus si loin.
Un homme qui sait s’entourer.
Toujours « state of the art» , ce rappeur lunatique, fils prodige du rap US d’aujourd’hui, traité de « jackass» par le prix nobel de la paix, lui même, est un homme qui sait s’entourer.
Après son association avec Spike Jonze, réalisateur tant attendu de « Where The Wild Things Are » (16/12/09), le rappeur revient avec un livre promotionnel de la tournée du très marquant « 808s & Heartbreak» , officiellement le dernier album autotune « trendy» .
Publié aux éditions Rizzoli, il recense 400 photos et de nombreux textes autour du concert.
La vidéo réalisée par Nabil Elderkin présente avec talent ce livre. Rares sont les artistes qui peuvent produire une vidéo promotionnelle, sur un livre promotionnel…une histoire de poupées russes… en tout cas, on applaudit la démarche, encore une belle association Mister West :
Depuis 2001, JR photographe clandestin pour certains, « artiviste» pour d’autres, s’évertue à transformer les rues du monde entier en galerie d’art universelle. Avec son projet « 28 millimètres» , nos villes deviennent le théâtre d’actions spectaculaires.
Equipé d’un objectif 28 millimètres, JR parcourt le monde et réalise des portraits grimaçants des populations locales, qu’il développe et colle dans les rues sous la forme d’affiches géantes. L’objectif revendiqué est de combattre les clichés entretenus par l’imaginaire collectif et relayés par notre société de l’information.
Depuis 2008, ce sont les femmes qui sont à l’honneur dans son projet « Women are heroes» . Dans plusieurs pays, JR recueille des histoires auprès des femmes, des récits terribles de drames de guerre et de violence quotidienne. Le travail de JR consiste à apporter un contre-point nécessaire à cette détresse en capturant la joie de vivre qui existe au plus profond de ces âmes brisées et en l’affichant au coeur même des villes.
Les affiches monumentales sont disposées sur tous les supports possibles, bus, maisons, trains, et composent des mosaïques urbaines souvent percutantes, comme en témoigne cette superbe installation au Kenya, où le passage d’un train fait apparaître les visages hilares des femmes d’un bidonville. Une belle démonstration, s’il en fallait une, que l’Art peut faire beaucoup pour rendre notre monde un peu meilleur.