Et oui, un petit décalage de quelques jours pour « Vendredi poésie» , histoire de le faire coïncider avec ce jour de lovers. Oulala, on n’est même plus dans le « rien d’original» mais bien au-delà ! ou bien en-deçà… à vous de juger.
Saint Valentin
On avait dit on l’fait pas
Pas pour nous
Nous on s’en fout
Rien ne se passa
On rigolait de tout
« Arrête, pas ça ! »
°°°
On s’l’était dit, rien n’y fait
Trop beau, trop pur
Trop peur, trop dur
D’un coup on doutait
Personne l’avouait
Qui l’envie en avait ?
°°°
On n’avait rien dit, rien fait
Mais j’voulais, tu disais
Tu m‘en aurais voulu
Et moi ça m’aurait plu
Tant pis pour les on dit
Il le fallait, il aurait fallu
°°°
On faisait ce qu’on ne disait
Mon envie me serrait
Impossible de passer
Au-delà, ça comprimait
Seul seuls on se sentait
Difficile de penser
°°°
On s’l’était pas dit, on l’a fait
Fut-ce dans un moment
Perdu, pendant, quand
Juste toi et moi un instant
Just another way
Pour nous le Valentine’s Day
°°°
de Timeno (dans la série « Ballades/Impressions» )
Une douceur mielleuse, une pâte que se mâche lentement, une crème onctueuse, une caresse apaisante… Rien de moins pour décrire cette sensation sonore et visuelle ressentie à Bastille lors de l’opéra de Massenet.
Ce n’est normalement pas l’usage de parler des interprètes en première partie d’article, mais bon, on est sur un blog pour s’octroyer quelques libertés et parler de ce qui nous touche réellement, sans censeur ! Les chanteurs donc, époustouflants, surtout le ténor allemand Jonas Kaufmann dans le rôle titre ; son statut de star du moment s’est vu confirmé. Rarement on a vu spectacle aussi complet, avec des gens beaux, parfaits dans leur rôle et qui chantaient admirablement bien. Les superlatifs qui pourraient encenser leur prestation ne reflèteraient pas totalement le rendu émotionnel, le mieux étant de regarder les vidéos associées plus bas – l’événement avait été retransmis en direct sur Arte la semaine dernière.
L’opéra composé donc par le français Jules Massenet (1842 – 1912) en 1892 reste fidèle à l’œuvre romantique au même titre de Goethe, dont est tiré le livret : du lyrisme exacerbé, l’exaltation du moi au travers d’une nature en miroir de Dieu, des élans passionnels conduisant au drame… Tout y est, et ce n’est pas pour déplaire, d’autant plus que l’histoire – pour une fois – n’est pas difficile à suivre : un bel homme, Werther donc, fin et instruit est amoureux d’une femme qui doit se marier avec un autre… Un bon gros Walt Disney avant l’heure quoi, sans le happy end. Massenet appuie les sentiments des amoureux par une musique délicate et magnifique, si douce et émouvante par moment, qu’on a l’impression de se faire masser l’âme.
Un instant de détente mélancolique en somme, que la mise en scène met bien en valeur. Simple, efficace, presque classique et austère sur certains tableaux, elle laisse toute la place à l’expression des émotions. En même temps, cette production du Royal Opera House (Covent Garden) mise à l’affiche par le nouveau directeur de l’opéra de Paris n’a rien laissé au hasard : Benoît Jacquot le cinéaste à la mise en scène, le monument Michel Plasson à la direction musicale et une distribution de rêve. La recette parfaite pour éclipser et faire oublier le fade Werther de la saison dernière.
En attendant le DVD, quelques extraits si vous avez besoin d’une petite pause onirique au milieu de votre journée tumultueuse. Sinon, pour les acharnés, il y a toujours la possibilité de tenter d’obtenir une place pour la dernière de ce soir… Un conseil, allez faire la queue vers 17h30.
Bon, nous voilà encore sur le fil du rasoir… Ce vendredi s’achève donc avec un autre de mes poèmes, dans la lignée des 2 précédents, mais de circonstance, ou presque.
La Galette des Rois
Oh Galette des Rois
Brille brille de tous tes éclats !
Soleil d’été en hiver
Pièce chaude dans l’atmosphère
Puise tu nous gavé un par un
De ta douce et molle chair
Qu’il ne nous en reste aucun
Bourre, étouffe cet appétit d’enfer !
Rompez, croustillantes, luisantes
Croûtes, en somme, appétissantes
Toutes
Les courtes secondes indolentes
M’emplissent
A la danse bien ronde
Complice ma nouvelle ève
A qui replante la fève
Est-ce un Gaspard, un Melchior
ou un petit Balthazar ?
Sache pour le savoir
Le faire reluire
Or et beauté
Placé à côté
Sans son, sans bruire
Le désir d’y croire
Ephémères reines
Pauvre
Triomphe encore peine
Ah mais c’est ça la part et puis s’en va
Ah
à
A « Aller, muse moi et tire
toi fête des Rois »
L’amour d’une volupté opaque
Brise et bise souveraine
Encercle l’instant cher pas que
Convivial, gai, plus pérenne
Irrésistible vers
Une galette, des Rois, rien, que pour moi.
Aïe aïe aïe ! les douze coups de minuit ont déjà sonné, nous sommes samedi… vendredi poésie est finie… enfin, à nous de voir. Et si nous profitions de cette ambiance onirique pour faire de cette nuit notre instant poétique ? Il ne sera pas dédié cette fois-ci à quelques unes de mes strophes, mais consacré à un vrai (enfin !) poète contemporain, également et initialement auteur dramaturge : Fabrice Melquiot.
Alors je sais, aujourd’hui poésie rime souvent avec chianli, léthargie, « pff, tu m’ennuies ! »… Sa simple évocation nous rappelle ces âmes passionnées et clichées cent fois croisées, empruntes d’un lyrisme romantique désuet et exagéré. N’oublions pas que la force de la poésie réside dans sa capacité à dire l’indicible, à imager et rythmer si bien la sensation, qu’on en oublie presque les mots. Précision et concision dans une chanson intime, qui décrit le plus souvent la vision d’un monde, d’une vérité.
Le cas de Fabrice Melquiot semble confirmer le formidable ressort d’Actualité que recèle un poème, dans notre société qui demande constamment de l’instantanéité et de l’intensité émotionnelle. Son œuvre se met en scène la plupart du temps, ses vers servent à concevoir aussi bien des pièces de théâtre que des recueils poétiques, et puis, un poème se dit à voix haute, et s’il est accompagné de corps en mouvement, on approche l’art total. Dépassés les Boileau et Baudelaire, les Hugo et Rimbaud, la poésie est en vie ! Et relègue son avatar le Slam au rang de verbiage ! (ok, j’exagère un peu là… mais bon un peu d’emphase, de lyrisme !…)