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Il est déjà trop tard…

6 dernières représentations pour voir l’Oncle Vania : jusqu’au 30 octobre, vous avez encore le luxe de choisir votre jour. Première pièce du « Cycle Tchekhov » (oncle Vania, les trois sœurs et la cerisaie) proposé par l’Athénée en ce début de saison théâtrale, voilà un conseil de NIO pour un de ces soirs de « vacances ».

Oncle Vania de Tchekhov à l'Athénée

Une mise en scène sobre et efficace, une distribution solide, crédible ; important quand on porte un texte sans véritable héros, mettant en jeu un bout de vie de personnes plus ou moins quelconques qui étalent leurs états d’âme. Le risque de s’ennuyer est grand, et pourtant non.

Parce qu’on ne se rend plus compte, mais en 1900, date de l’écriture de la pièce par un Tchekhov déjà très malade (il meurt des suites de sa tuberculose 4 ans plus tard), le théâtre commence tout juste à se libérer des dernières conventions et à suivre le courant réaliste et naturaliste installé dans la littérature depuis plus d’un demi siècle. Les spectacles se fondent désormais  sur des enjeux en apparence plus faibles, et relatent des faits de gens « ordinaires ».

Et c’est justement à partir des questionnements de ces gens si proches de nous, même un siècle après, que Tchekhov tire son universalité.

Le pitch (largement recopié du texte de présentation de l’Athénée) :

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Nuit poésie

Aïe aïe aïe ! les douze coups de minuit ont déjà sonné, nous sommes samedi… vendredi poésie est finie… enfin, à nous de voir. Et si nous profitions de cette ambiance onirique pour faire de cette nuit notre instant poétique ? Il ne sera pas dédié cette fois-ci à quelques unes de mes strophes, mais consacré à un vrai (enfin !) poète contemporain, également et initialement auteur dramaturge : Fabrice Melquiot.

Alors je sais, aujourd’hui poésie rime souvent avec chianli, léthargie, « pff, tu m’ennuies ! »… Sa simple évocation nous rappelle ces âmes passionnées et clichées cent fois croisées, empruntes d’un lyrisme romantique désuet et exagéré. N’oublions pas que la force de la poésie réside dans sa capacité à dire l’indicible, à imager et rythmer si bien la sensation, qu’on en oublie presque les mots. Précision et concision dans une chanson intime, qui décrit le plus souvent la vision d’un monde, d’une vérité.

Fabrice Melquiot

Le cas de Fabrice Melquiot semble confirmer le formidable ressort d’Actualité que recèle un poème, dans notre société qui demande constamment de l’instantanéité et de l’intensité émotionnelle. Son œuvre se met en scène la plupart du temps, ses vers servent à concevoir aussi bien des pièces de théâtre que des recueils poétiques, et puis, un poème se dit à voix haute, et s’il est accompagné de corps en mouvement, on approche l’art total. Dépassés les Boileau et Baudelaire, les Hugo et Rimbaud, la poésie est en vie ! Et relègue son avatar le Slam au rang de verbiage ! (ok, j’exagère un peu là… mais bon un peu d’emphase, de lyrisme !…)

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Soudain, l’été dernier…

Alors que Sébastian savourait son séjour à Cabeza de Lobo en compagnie de sa cousine Catherine, celui-ci est victime d’une atrocité inexplicable, le conduisant irrémédiablement à la mort. Et le seul témoin de ce drame, la cousine de ce poète dandy, Catherine, est déclarée folle après ce tragique incident…

Un pitch à suspense pour une pièce à suspense, toute en tension.

Tennessee Williams - Soudain, l'été dernier 1

La facilité serait d’aller à la cinémathèque et de louer (ou télécharger) le film au titre similaire inspiré de la pièce, sorti en 1959 avec Katharine Hepburn et Elizabeth Taylor (ce que je recommande d’ailleurs, mais dans un second temps). On y retrouverait les mêmes thèmes forts évoqués par Tennessee Williams : lobotomie, inceste, adolescentophilie, injustice sociale, décadence, folie… et la même puissance dramatique.

Mais allons au théâtre ! Confrontons-nous à l’humain ! Rien de tel qu’un spectacle en live. Et l’expérience est d’autant plus riche que la sortie s’effectue dans un cadre atypique. Je demande aux habitués ou blasés du théâtre de faire preuve de tolérance pour les quelques lignes qui suivent, mais je me dois de décrire cet ensemble particulier de théâtres, planté au milieu du Bois de Vincennes. La Cartoucherie est un ancien lieu de fabrication d’armes et de poudre, reconverti par Ariane Mnouchkine dans les années  70 en lieu de création théâtrale. Le drame de Tennessee Williams se déroule lui au théâtre de la Tempête. Parfait, me dis-je, pour illustrer le temps qui m’accompagnait le jour de la représentation : pluie et vent. Un chaleureux coin buvette/cafette permet heureusement d’attendre au chaud. Ambiance décontractée et bobo dans un lieu impromptu.

Le parti pris du metteur en scène René Loyon est relativement sobre. Un peu de mobilier bourgeois pour signifier l’intérieur cossu de la demeure de la mère, une toile aux couleurs changeantes illustrant ce jardin tropical dense. Une tension croissante appuyée par une « musique » aux bruits sourds et bizarres renforce notre sentiment de malaise.

Nous sommes au milieu des années 30, dans une Louisiane étouffante, et la mère du poète, quelques mois après sa mort, fait venir un médecin psychiatre pour examiner Catherine, sortie exceptionnellement de la « maison de repos » dans laquelle on l’a enfermée après le drame. Cette riche mère omnipotente nourrit l’idée de faire taire définitivement la cousine, au récit encombrant et insupportable…

Tennessee Williams - Soudain, l'été dernier 2 Tennessee Williams - Soudain, l'été dernier 3

L’auteur a mis de lui-même dans ce drame, des bouts de sa vie personnelle qu’il semblait digérer difficilement ; le propos persuasif de cette pièce tient dans le fait que les sujets théoriquement lourds évoqués dans l’œuvre, s’entremêlent intelligemment, brouillent les pistes, et nous présentent des valeurs inversés, un contre ordre dérangeant. De ce refus catégorique de voir, de considérer la vérité, émerge toute la puissance de questions normalement triviales : ne serait ce pas les fous qui ont raison ? Et si l’ordre des choses n’était pas le bon ? Quelle est la nature de nos pulsions, de nos folies ?

Pour servir ce texte, des comédiens convaincants, bien dans leur rôle. On aurait peut être préféré une Catherine encore plus nuancée, plus contrastée, plus border line… toute la difficulté de la folie…

Tennessee Williams est à l’honneur cette année dans plusieurs théâtres parisiens, notamment avec « La Ménagerie de Verre » au Théâtre d’Aubervilliers (qui vient de se terminer), et une création à l’Odéon à partir de « Un tramway nommé désir ». Peut être un signe que les marginaux, les excès de la société, les désemparés, tous ces thèmes chers au poète et dramaturge américain, connaissent un regain d’intérêt.

Pour info et aller plus loin :

« Soudain, l’été dernier»  au théâtre de la Tempête, jusqu’au 13 décembre

« Suddenly, Last Summer»  le trailer du film

Une cantatrice chauve

Celle de Lagarce, illumine en ce moment le Théâtre Athénée Louis-Jouvet, mais plus pour longtemps malheureusement (jusqu’au 21 novembre). Et pourtant, même s’il subsiste invariablement la cantatrice de la Huchette, et même si l’Aktéon a lui aussi décidé de mettre en scène une cantatrice cet automne, cette reprise de la mise en scène de Jean-Luc Lagarce de 2006 vaut le coup d’œil. Couleurs criardes et personnages caricaturaux dans une ambiance de dessin animé ou de série américaine, au choix, pas de doute, on est bien dans l’absurde. Trop gros pourraient dire certains, mais après réflexion on est plutôt tenté de penser que c’était au poil, d’une justesse presque insolente. Les acteurs le sont aussi, justes, ils arrivent même par moments à nous faire éprouver autre chose que l’envie de rire. On le palpe peu à peu ce vide flippant derrière chaque phrase, et on aperçoit même carrément l’envers du décor quand la façade de cette charmante maison s’écroule ; s’ouvre à nous alors la réalité crue, simple, dans ce théâtre cossu…

Ionesco disait « Même dans la cantatrice chauve le comique n’est pas si comique que cela. C’est du comique pour les autres. Au fond c’est l’expression d’une angoisse ». Disons qu’on a quand même bien ri.